Twee Gebroeders: premiers jours à bord

Twee Gebroeders: premiers jours à bord

Après une randonnée avortée, changement de décor et direction la Bretagne pour quelques semaines de navigation sur une péniche hollandaise: Twee Gebroeders.

Arrivée à bord

Je suis arrivé à Saint-Malo le vendredi 13 juillet afin de rejoindre Twee Gebroeders (dont la traduction est "deux frères") et son équipage: Laurent, le propriétaire, Sandrine, sa compagne et Sara, la fille de Sandrine.

Laurent et Sandrine ont décidé de faire le tour de Bretagne avec leur embarcation. Leur péniche hollandaise dans laquelle ils vivent à l'année est habituellement amarrée à Saint-Grégoire, près de Rennes. Lorsque je les ai rejoint à Saint-Malo, cela faisait déjà cinq jours qu'ils avaient entamé leur périple en empruntant les canaux afin de rejoindre la mer.

Mon arrivée à bord de la péniche s'est très bien passée. Laurent et Sandrine sont très sympathiques et la péniche est incroyablement spacieuse et confortable: canapé, télévision, frigo, lave-vaisselle, machine à laver et j'en passe: l'intérieur ressemble davantage à celui d'un appartement qu'à celui d'un bateau, c'est assez étonnant.

En attendant l'arrivée du bus dans lequel se trouvait Sara, nous en avons profité pour discuter des différentes étapes prévues, du fonctionnement de la péniche et de nombreux autres sujets. J'ai également appris que nous allions naviguer pendant quelques jours aux côtés de Het Leven, une autre péniche hollandaise appartenant à des amis de Laurent et Sandrine.

De Saint-Malo à Saint-Cast-le-Guildo

Matinée chargée avant ce premier jour de navigation. Je passerai les détails de l'organisation mais il nous aura fallu quelques heures pour faire les courses et nous occuper des derniers préparatifs à bord avant de nous diriger vers la dernière écluse avant de prendre le large.

Une fois en mer, nous avons rapidement rejoint Het Leven. Une fois à couple et les présentations faites, nous avons commencé à nous attaquer à la préparation des voiles.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce type d'embarcation n'est absolument pas prévu pour faire des navigations à la journée ! Il nous a fallu plusieurs heures pour que tout soit prêt pour naviguer à la voile. Ici, pas d'enrouleurs, que ce soit pour la grand voile ou pour la voile d'avant. Les voiles sont pliées et doivent être positionnées à la main. Pas de winchs non plus: la grand voile doit être hissée en pied de mat où arrivent la balancine ainsi les deux filins d'acier reliés à la corne. Pour la voile d'avant, tout se fait à la main.

J'ai également eu l'occasion de prendre la barre durant cette première navigation. Les sensations sont totalement différentes de ce que j'ai pu voir avant. La péniche pèse aux alentours de 45 tonnes, l'inertie est donc incroyable et j'ai trouvé difficile de suivre un cap correctement. Ça viendra j'espère. Ce qui est certain c'est que cette première expérience rend les manœuvres de port de Laurent encore plus impressionnantes. Sachant qu'il ne faut bien entendu pas compter sur un propulseur d'étrave puisqu'il n'y en a pas, déplacer les 45 tonnes (j'insiste) de Twee Gebroeders avec la précision dont il fait preuve relève de l'exploit.

Une fois arrivés au port de Saint-Cast-le-Guildo, nous avons pris la décision de poser le mat. Deux poulies inversées d'un demi-tour ne nous ont pas facilité la tâche pour hisser la grand voile et il ne nous a pas été possible de le faire jusqu'au bout. Pour mener cette tâche a bien, nous avons bien sur été obligés de défaire les voiles installées le matin même avant de les remettre à la fin de la manœuvre.

Cette première journée était donc très fatigante, bien que nous n'ayons navigué que quelques heures.

De Saint-Cast-le-Guildo à Erquy

Départ aux alentours de 11 heures de Saint-Cast-le-Guildo après un petit solo de cornemuse à côté de la péniche.

Très très peu de vent durant cette navigation, entre trois et quatre nœuds peut-être. Obtenir une voile bien gonflée n'était pas évident. Nos manipulations de la veille ont tout de même été efficaces et nous ont permis de hisser la grand voile bien plus facilement.

Nous avons mis un peu plus de cinq heures pour rallier Erquy où nous nous sommes échoués sur le sable pour attendre la marée haute. Rien à dire, les fonds plats ont leurs avantages. En attendant d'avoir suffisamment de fond pour rejoindre le ponton pour la nuit, celles et ceux qui le souhaitaient en ont profité pour regarder l'évènement (soi-disant) immanquable de l'année: la finale de la coupe du monde. Bien entendue, cette dernière était suivie de près par le concerto de klaxons absolument indispensable à ce genre de célébrations.

En ce qui me concerne, plutôt que la victoire de la France, LA bonne nouvelle de la journée était la pêche de notre suiveur, Het Leven. A l'arrivée, treize maquereaux pour neuf personnes, autant dire que tout le monde s'est régalé. Nous n'avons pour notre part rien péché pour la simple et bonne raison que nous n'avions ni canne ni ligne à mettre à l'arrière du bateau.

D'Erquy à Saint-Brieuc

Quelle journée une fois de plus. Nous sommes partis aux alentours de 11h d'Erquy. La navigation s'est bien passée avec un peu plus de vent que les jours précédents, du moins, dans l'après-midi. La distance pour rallier Saint-Brieuc n'était pas très importante et pour attendre l'ouverture de l'écluse dont le passage est indispensable pour rejoindre le port du Légué, nous avons profité des conditions propices à la navigation pour continuer un peu plus loin. Nous sommes ensuite revenu en arrière afin de nous échouer (une fois de plus) dans le sable en attendant que la marée soit suffisamment haute.

L'échouage en lui-même s'est plutôt bien passé bien que l'avant ne reposant pas sur la sable, il s'agissait davantage d'un mouillage que d'un échouage. Ce n'était pas en soi un réel problème puisqu'avec la marée montante nous nous serions dans tous les cas retrouvés dans la même situation.

Quoiqu'il en soit, très vite les conditions ont commencé à se dégrader. Une perturbation s'est approchée de Saint-Brieuc, le vent a forci et la houle en a fait autant. Rien d'insurmontable en réalité: aux alentours de 50 centimètres de houle et un vent de force 3 à 4. Laurent a cependant jugé que ce serait une bonne idée de changer notre mouillage en mettant l'ancre à l'avant plutôt qu'à l'arrière, de manière à se positionner face au vent et d'éviter d'être trop secoué. L'équipage de Het Leven a d'ailleurs fait la même manœuvre peu avant nous.

Seul problème: pour déplacer l'ancre située à l'arrière, il faut rallonger le bout (le cordage) de ladite ancre. Sachant que ce fameux bout est en pression, il faut trouver un nœud à faire uniquement sur le second bout. Bien évidemment, nous ne connaissions pas ce fameux nœud. L'erreur est à présent réparée, Hervé, le capitaine de Het Leven nous a montré le nœud tendeur simple qu'ils ont utilisé lors de leur manœuvre. Cependant il nous a tout de même fallu trouver une solution de secours. Nous avons donc attaché un pare battage au bout de l'ancre pour pouvoir la larguer, faire demi-tour puis revenir la récupérer à l'avant du bateau. Bien entendu, tout ne s'est pas déroulé comme prévu. Si la première partie du plan n'a pas posé de problème majeur, récupérer le pare battage fut un échec qui nous couta une gaffe. A l'heure actuelle, l'ancre est donc toujours au fond de l'eau attachée à notre pare battage. Nous essaierons de la récupérer en repartant, à moins évidemment que quelqu'un ne soit venu la prendre avant nous.

Après toutes ces émotions, nous sommes finalement arrivés au port du Légué, à proximité de Saint-Brieuc où deux nouveau équipiers, Jeanne et Eloi nous ont rejoint. Pour fêter leur arrivée, notre journée mouvementée et toute autre occasion qui semblait s'y prêtait sur le moment, nous avons joyeusement diné à onze personnes à bord de Twee Gebroeders.

Quelques photos

Un grand merci à Gilles qui a pris de magnifiques photos de Twee Gebroeders depuis Het Leven et a gentiment accepté que je les utilise sur ce site. Toutes les photos prises par Gilles sont indiquées.