Pérou: Cinq jours dans la forêt amazonienne

Pérou: Cinq jours dans la forêt amazonienne

De Caraz à Lagunas, la route est longue mais après 30 heures de bus, 2h de voiture, 12h de bateau et 10 minutes de moto-taxi me voilà enfin arrivé chez Alberto qui sera mon guide pour les jours à venir.

Contexte

J'étais initialement parti pour aller jusqu'à Iquitos dans le nord du Pérou mais c'est finalement à Yurimaguas que j'ai réservé un tour dans la jungle avec Winston Jungle Tours. Si la qualité du site de Winston laisse clairement à désirer, son accueil chaleureux, sa disponibilité, les très nombreux commentaires de son livre d'or mais surtout la cuisine de Flores, sa femme, m'ont finalement convaincus de réserver un tour par son biais.

Au programme ? Cinq jours dans la jungle à proximité de la réserve Pacaya Samiria. Pourquoi pas directement dans la réserve ? Parce qu'avec le droit d'entrée, les prix doublent, tout simplement. Aux 130 soles par jour (environ 33€) pour le guide, la nourriture, etc. il faut en effet rajouter 150 soles par jour (environ 37€) pour accéder à la réserve. Un tarif totalement hors budget en ce qui me concerne.

De Yurimaguas, je ne suis plus qu'à 12 heures de bateau de Lagunas, la petite ville sur les bords du rio Huallaga dans laquelle je rejoins Alberto qui sera mon guide pour les cinq jours que nous allons passer dans la selva.

Le bateau étant parti avec 8 heures de retard sur l'horaire plus ou moins approximatif que Winston m'avait donné, il est trop tard lorsque j'arrive pour partir dans la jungle directement. Qu'à cela ne tienne, Alberto m'invite chez lui jusqu'au lendemain. Le confort est plus que rudimentaire: un lit en bois, un drap et une moustiquaire pour dormir, l'électricité du quartier est fournie par un générateur qui ne tourne que quelques heures par jour les toilettes sont à l'extérieur et la cuisine se fait au feu de bois. On est loin du confort que l'on a par chez nous. :)

Le lendemain, il est temps de se mettre en route.

Bienvenue dans la jungle

Jour 1

Le petit-déjeuner pris, nous nous mettons en route avec tout le matériel nécessaire: nourriture, eau potable, moustiquaires, canne à pêche et filets, etc. Une fois le tout chargé à bord de la pirogue, il ne reste plus qu'à pagayer.

Première surprise, Alberto m'annonce que tout (ou presque) se fera en pirogue. En effet, malgré ce qu'on pourrait penser en descendant le fleuve en bateau, il n'y a que très peu de terres émergées, surtout en cette saison.

Après deux ou trois heures de pirogue, nous arrivons à Santa Isabel, une communauté de 150 personnes dans laquelle nous squattons une cuisine pour préparer le repas. Après une sieste dans un hamac salvateur, il est temps de se remettre en route pour rejoindre Nueva Esperanza, une autre communauté de quelques dizaines de personnes.

Nous ne sommes plus sur le fleuve principal et le courant se fait beaucoup plus calme, l'eau est beaucoup plus belle, presque noire et le moindre arbre se reflète dessus.

Nous arrivons finalement en vue de Nueva Esperanza, un petit village magnifique. Les maisons sur pilotis sont immenses bien qu'incroyablement vides. Des enfants jouent au foot sur un terrain presque totalement inondé pendant qu'un petit groupe s'occupe de tailler une rame.

Après le repas, Alberto me fait découvrir l'aguardiente, un alcool distillé, coloré avec le tanin d'un arbre et pouvant parfois être un remède médicinal. Après quelques (nombreux) verres, il est temps d'aller se coucher. L'alcool aidant, pas de problème pour dormir à même le sol (après tout, pourquoi s'encombrer d'un lit lorsque le sol est déjà en bois).

Jour 2

Une fois n'est pas coutume, nous reprenons la pirogue après le petit déjeuner. Cette fois, pas d'arrêt prévu dans une communauté, nous nous enfonçons dans la jungle.

Les paysages sont tous plus beaux les uns que les autres et je passe plus de temps à les admirer qu'à pagayer. Ce n'est pas un problème pour Alberto qui semble infatigable malgré la soirée de la veille.

Nous arrivons sur le lieu de notre campement en début d'après-midi. Le temps de se promener rapidement pour se dégourdir les jambes, on repars pour poser les filets. Ce soir si tout se passe bien, on mange du poisson.

Une fois les filets posés, Alberto continue de déplacer la pirogue, silencieusement, pour se rapprocher du lieu d'où provient un gros raffut. Ce sont des singes, des "mono blanco" qui sautent de branches en branches, provoquant un bruit de tous les diables. Alberto, toujours aussi surprenant, commence à pousser des cris bizarres auxquels les singes répondent ! En se rapprochant, curieux, ils finissent par nous repérer mais ne s'enfuient pas pour autant.

Retour sur la terre ferme pour préparer le campement. Cette fois, nous avons un matelas ! Composé de grande branches feuillues, certes mais ça semble bien plus confortable qu'une planche de bois. :)

Le camp est en place, la nuit va bientôt tomber, il est temps d'aller jeter un coup d'œil aux filets. Malheureusement: rien. "Nada Olivier" comme dirait Alberto. Tant pis, les filets restent en place pour la nuit.

Heureusement, nous avons plus de chance avec la canne (en bambou) et après un repas (avec du poisson finalement) il est temps d'aller se coucher.

Jour 3

Réveil à 4 heures. Il faut relever les filets avant que le jour se lève. Cette fois, quelques poissons se sont laissé prendre, parfait pour le petit déjeuner.

Une fois celui-ci expédié, il est temps d'aller se promener un peu plus dans la jungle (à pied cette fois). Au passage, Alberto ramasse de grosse noix ovales et très dures. Ces dernières contiennent des vers blancs assez épais appelés "souris" et parfaits pour la pèche.

Un peu plus loin, Alberto s'arrête et m'annonce que j'ai de la chance. Je ne comprends pas pourquoi jusqu'à ce qu'il me montre un serpent. Un anaconda terrestre de 1 mètre 50 à 2 mètres. C'est un petit me dit il... D'ailleurs, selon lui, jusqu'à 1 mètre il est facile de jouer avec. Le serpent n'est pas encore assez gros pour faire beaucoup de mal à un adulte... D'ailleurs, Alberto n'hésite pas à lui tirer un peu la queue de celui que nous voyons pour qu'il sorte de sa léthargie et montre sa tête...

Après cette petite balade, il est temps d'aller pêcher. On reprends donc la pirogue pour s'éloigner un peu. Tous nos vers y passent mais le repas du midi va être copieux.

L'après-midi est pluvieux. Très pluvieux. Le point positif, c'est que les moustiques se font rare. Alberto m'explique qu'il n'y en a pourtant pas tant que ça à cette saison. En novembre c'est bien pire. J'ai pourtant réussi plusieurs triplés: 3 moustiques écrasés en une seule fois... Revenir en novembre ? Non merci ! :)

Pendant que la pluie tombe, Alberto tresse une feuille pour pouvoir attiser le feu. Évidemment. :)

La pluie finit par se calmer. Nous ressortons chercher des vers mais cette fois ci, pour les manger. Un aller-retour rapide au dessus des flammes et le repas est prêt. Ce n'est pas mauvais mais ce met n'est probablement pas prêt d'arriver dans les restaurants gastronomiques.

Suite à ces quelques heures de pluie, nous irons nous coucher sans faire l'énorme feu promis la veille par Alberto : tout est trempé.

Jour 4

Après ces deux jours au coeur de la jungle, il est temps de repartir. Ce soir Alberto m'emmène à la discothèque. Il s'agit d'un lac, le "Lago Verde", recouvert de plantes sur lequel de nombreuses lucioles viennent batifoler dés la tombée de la nuit.

Avant, il faut tout de même ranger le campement et faire quelques heures de pirogue.

Sur la route, Alberto en profite pour récupérer du bois mort (oui, oui, depuis la pirogue). Il nous servira pour préparer le repas de ce midi. Pas de poisson malheureusement. Nous finissons par arriver devant une énorme souche à laquelle est déjà "amarrée" la pirogue d'un pêcheur. A côté de cette souche, une fine bande de terre qui permettent à peine d'accueillir un feu et deux personnes.

Le repas pris, nous repartons. Nous arrivons au fameux lac qui sert de discothèque en milieu d'après-midi sous un temps menaçant. La densité de plantes est telles qu'il est impossible de naviguer sur ce lac en pirogue. Il est bien sur beaucoup trop tôt pour voir les lucioles, nous repartons donc en direction de Siete de Junio, un tout petit village à un peu plus d'une heure du lac.

Le village compte moins de dix maisons, sur pilotis, réparties plus au moins aléatoirement autour d'une place inondée de laquelle dépasse des buts de football. L'occasion de se baigner avant que la pluie n'arrive. Cette dernière tombera malheureusement sans discontinuer pendant toute la soirée. Impossible d'aller à la "discoteca", tant pis.

Jour 5

Après une autre nuit à même le sol, il est temps de repartir vers Lagunas.

C'est le dernier jour, Lagunas n'est plus très loin, nous prenons notre temps. L'eau redevient marron au fur et à mesure que nous nous rapprochons de Lagunas et nous finissons par nous laisse entrainer par le courant du fleuve Huallaga, ce qui est bien entendu beaucoup moins fatigant que de pagayer.

Nous revenons à notre point de départ en début d'après-midi, après cinq jours superbes.

Le prochain bateau me permettant de continuer ma route étant deux jours plus tard, nous aurons cependant l'occasion de partager un peu d'aguardiente avec Alberto.

Quelques photos